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Etude sur le marché du travail en France (Février 1997)

Auteurs : Danielle Kaisergruber et Hervé Queneau avec la collaboration de Karine Villatte

DG V Emploi
Relations industrielles et affaires sociales

 

 

SOMMAIRE

 

Caractéristiques générales et spécificités structurelles du marché du travail français

Éléments d’analyse quant aux principales causes du chômage

Un contexte macro-économique et des choix politiques défavorables à l’emploi

Une complexité des institutions de gestion du marché du travail qui limite la fluidité du marché du travail

Éléments du débat

 

 

L’évolution croissante et quasi continue du taux de chômage en France depuis le début des années 80 est l’objet de toutes les préoccupations, tant de la population que des différents responsables politiques nationaux. Après avoir mis en évidence les caractéristiques structurelles du marché du travail français, les auteurs contribuent, dans cette étude, à alimenter la réflexion sur l’explication d’une telle aggravation de la situation de l’emploi ainsi que sur les solutions viables pouvant y remédier.

Vu sous un certain angle, le marché du travail français se distingue peu de ceux des autres pays européens (les taux de chômage général, d’activité des femmes, de scolarisation, ..., sont comparables). Cependant, son analyse descriptive met en évidence certains indicateurs qui tendent à montrer que la persistance d’un chômage de masse en France a un caractère structurel.

Parmi ceux-ci, on peut citer en particulier :

Après étude des diverses pistes explicatives de la montée et de la persistance du chômage en France (le lien croissance emploi, l’évolution de la productivité du travail, le coût relatif des facteurs travail et capital, l’impact des échanges commerciaux avec les PVD, le poids de la législation...), l’analyse fait émerger deux facteurs principaux.

La dégradation simultanée de l’inflation, des équilibres extérieurs et publics et de l’emploi au début des années 80 ont mis les gouvernants face à une situation qui leur était jusqu’alors inconnue et qui marquait la fin des politiques interventionnistes. L’augmentation du taux d’intérêt réel, devenu supérieur au taux de croissance s’est en effet traduite par l’augmentation de la dette publique et finalement par l’abandon des politiques budgétaires contra-cycliques.

 

Au total, le niveau élevé des taux d’intérêts réels dans les années 80 a joué en faveur des investissements financiers et au détriment des investissements productifs (dont les rendements étaient plus faibles) et par conséquence sur la production et l’emploi. Situation qui perdure puisque, par exemple, on constate que depuis 1989 les taux d’intérêts réels de long terme en France sont de 1,5 point supérieurs (2,5 points en 1992) à ceux de l’Allemagne.

Les segmentations du marché du travail français (public/privé, diplômé/non-diplômé, grandes entreprises/PME...), la complexité administrative notamment celle du Service Public de l’Emploi, limitent la fluidité du marché du travail et par là même constituent des facteurs favorables à la persistance du chômage. La séparation des fonctions d’indemnisation du chômage, de placement et de gestion des programmes de formation et d’aides à l’embauche est un obstacle à un bon fonctionnement du Service Public de l’Emploi.

 

Au final, les dispositifs d’aides à l’emploi français pèchent par leur nombre, leur complexité, leur instabilité et surtout par le fait que les aides sont distribuées par une multitude de canaux institutionnels et donc une multitude de guichets.

Malgré tout, les évaluations qui en sont faites vont globalement dans le même sens : ils sont coûteux pour les finances publiques mais permettent d'éviter un volant significatif de chômage et facilitent l'accès à l'emploi ou la réinsertion d'une partie des individus éloignés du marché du travail.

La réduction du temps de travail

Avec une croissance économique potentielle comprise entre 2,5 % et 3 %, une croissance de la productivité horaire du travail de l’ordre de 2 %, on peut espérer d’ici l’an 2000 des créations d’emplois de l’ordre d’une centaine de milliers par an. Ces créations d’emplois représentent moins que l’augmentation de la population active sur la même période. Dans ces conditions, toutes choses égales par ailleurs, le chômage devrait continuer d’augmenter jusqu’à l’an 2000. La réduction du temps de travail apparaît de plus en plus comme une des principales pistes susceptibles d’être à la hauteur du problème posé par le chômage de masse en France 2

 

Le développement de l’emploi dans les services

Selon P. ARTUS 3, si on alignait la part de l’emploi en France consacrée à la production de services sur ce qu’elle est dans les autres pays industrialisés, on peut espérer créer environ deux cent cinquante mille emplois. Il s’agit là d’une contribution à l’emploi, qui certes n’est pas à la hauteur du problème du chômage en France, mais néanmoins significative. Le principal obstacle au développement des services ne se situe pas tant au niveau des débouchés qu’à celui de la solvabilisation de la demande.

Les pouvoirs publics doivent fixer des objectifs clairs au dispositif d’aide financière à la consommation des services : il s’agit d’abord de développer cette activité et ainsi de créer des emplois en vue de permettre ensuite l’insertion professionnelle et sociale des personnes les plus en difficulté et non, comme actuellement, d’inverser ces objectifs.

 

Une baisse du coût du travail

Globalement, un point d’accord dans les débats existe en France pour considérer qu'une réduction du coût du travail non qualifié serait propice à l'emploi et de façon durable. Il faut savoir cependant que, pour avoir un impact à moyen/long terme sur l’emploi, l’allégement du coût du travail peu qualifié doit être substantiel.

 

Etude sur le marché du travail en France publiée par la Direction de l’Emploi et des Affaires Sociales de la Commission Européenne

Série Emploi et Marché, n° 1.
Disponible auprès du Journal Officiel, Service des publications des CE,
26, rue Desaix, Paris Cedex 15

 

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Note 1 : Pour le groupe d’âge des 15-24 ans, le taux d’activité est en France de 35,7 % contre 47,2 % en moyenne pour les quinze pays de l’Union Européenne. Pour la classe d’âge des 50 ans et plus, le taux d’activité est en moyenne de 28,3 % pour les quinze pays de l’Union Européenne, il n’est que de 24,5 % pour la France. Source : Enquête sur les Forces de Travail 1995.

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Note 2 : TADDEI D., CETTE G. Temps de travail modes d’emplois, La Découverte, 1994.

Réductions du temps de travail, Cahier Travail et Emploi, La Documentation Française, 1995.

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Note 3 : Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, Nouveaux services, nouveaux emplois, La documentation française, 1993.

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